Logiciels libres et GreenIT font-ils bon ménage ?

La question peut paraître simpliste, surtout sur un site qui démontre que le modèle libre est clairement favorable au développement durable. On pourrait répondre a priori par l’affirmative, mais ce serait insuffisant. Fidèle à la pratique du site, il me fallait vérifier cette supposition. Voici donc le modeste résultat de mes recherches sur le net.

Qu’est-ce que le GreenIT ?

Wikipedia donne la définition suivante :

Le Green computing, ou Green IT, ou informatique verte est un concept qui désigne un état de l’art informatique qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique, et sociale des technologies de l’information et de la communication (TIC)[1].

Le fait de l’appeler GreenIT implique un raccourci fréquent, à savoir l’orientation purement environnementale de la discipline. Il faut cependant souligner que le GreenIT ne se limite pas à la réduction de consommation d’électricité, des polluants ou de papier pour l’impression. Les trois piliers du développement durable[2] sont bien présents dans la définition du GreenIT.

On parle en général de trois périmètres dans le GreenIT[3]:

  • GreenIT 1.0 : réduction de l’empreinte écologique, économique et sociale de l’outil informatique (ordinateurs, réseau, datacenter, objets connectés).
  • GreenIT 1.5 : réduction de l’empreinte écologique, économique et sociale de l’organisation utilisant l’outil informatique (entreprise, État).
  • GreenIT 2.0 : réduction de l’empreinte écologique, économique et sociale d’un produit ou d’un service grâce aux TIC.

Le GreenIT prône donc une informatique durable. En quoi les logiciels libres et plus globalement l’esprit libre, peuvent-ils contribuer à ce but ?

Caractéristiques des logiciels libres

Revenons aux avantages qui distinguent les logiciels libres des logiciels propriétaires. On note ainsi les spécificités suivantes (liste non-exhaustive)[4] :

  • Adaptatif : comme le code est libre, on peut facilement créer une version (fork en Anglais) adaptée à nos besoins spécifiques et locaux.
  • Réactif : les adaptations ou correctifs sont très rapidement intégrés grâce aux nombreux acteurs qui composent la communauté.
  • Efficace : le modèle de développement Open Source est basé sur une forme de méritocratie où les compétences techniques sont mises en avant. Il est considéré comme plus efficace et consomme moins de ressources matérielles.
  • Sécurisé : le code ouvert permet à de nombreux acteurs différents de vérifier et auditer ce qui a été développé. La transparence amène de la sécurité.
  • Meilleur pour l’environnement : dans le modèle libre, il est difficile d’y insérer des mécanismes occultes d’obsolescence programmée. On trouve également bien plus de solutions adaptées à du matériel ancien[5].
  • Moins cher : les coûts d’entrées sont la plupart du temps inexistant, ce qui permet bien plus facilement l’évaluation d’une solution. De plus, l’économie du libre se base essentiellement sur le service à valeur ajoutée et non sur un achat de licence.
  • Pas de dépendance à un fournisseur : le modèle permet de choisir librement son fournisseur et d’en changer en cas de besoin ou d’insatisfaction.
  • Plus grande interopérabilité et pérennité : les formats de données étant ouverts et standard, il est aisé de faire parler deux logiciels open source (interfaçage). Les données sauvegardées ont également une plus grande pérennité.

Ces avantages dessinent une situation certes quelque peu idyllique. La réalité du terrain s’avère parfois plus nuancée. En effet, on trouve des logiciels propriétaires tout à fait efficaces et stables et à l’opposé, il existe aussi des « obésiciels »[6] libres ou des logiciels open source mal fichus[7]. Même si on trouve des exceptions, la tendance est claire. Le modèle libre est bien mieux armé pour faire face aux défis de notre époque, que ce soit la pression environnementale qu’exercent les TIC, la complexification de l’informatique, l’interdépendance croissante des différentes briques logicielles, les objets connectés, le cloud[8] ou le big data[9].

La tendance va vers le libre

Voici quelques exemples concrets d’inspirations libres pour le GreenIT :

  • Le marché de l’ordinateur personnel reste encore verrouillé sur Microsoft et Apple. Cependant, l’adoption de produits libres représente une tendance lourde et le marché des ordinateurs personnels est en chute libre. Le nombre d’utilisateurs finaux de logiciels libres a récemment dépassés le nombre d’utilisateurs de logiciels propriétaires, notamment avec la montée en puissance d’Android et des TV connectées fonctionnant sous GNU/Linux. Microsoft a récemment changé son fusil d’épaule et considère maintenant l’open source comme un allié potentiel (ce qui représente une véritable révolution)[10]. Le fait que le marché tende progressivement vers le libre n’est pas en soi un signe favorable au GreenIT. Cela montre seulement que les nouveaux acteurs s’y intéressent de plus en plus, mais principalement pour des raisons d’efficacité et parfois d’image.
  • Les distributions GNU/Linux prolongent la durée de vie des vieux PC, notamment dans les écoles et représentent en outre un outil pédagogique pour l’apprentissage de l’informatique[11] [12].
  • En matière d’éco-conception de site web, les CMS libres statiques ou sans base de données affichent des fonctionnalités suffisantes pour des pré-requis matériels moindres[13].
  • Dans le monde du datacenter, les innovations libres sont légion :
    • OpenStack, la plateforme de cloud open source prend son envol. Des collaborations avec les géants du net ou de l’informatique démontrent l’intérêt du modèle[14].
    • Docker, le système de containers open source permettrait des gains de performances entre 4 et 6 fois comparé à des hyperviseurs classiques, ce qui signifie des réductions importantes de consommation électrique[15] [16].
    • Les micro-serveurs ARM-64 bits consomment de 10 à 45 W comparé à 90 W pour une architecture classique x86. GNU/Linux a été la première plate-forme à s’intéresser à cette architecture[17].
    • L’Open Compute Project, une initiative lancée par Facebook, vise la création d’un datacenter efficient, peu consommateur en énergie, abordable et en Open Hardware. De nombreux acteurs de l’informatique on rejoint cette initiative[18] [19].

On constate que les innovations ne se limitent pas au logiciel, mais concernent également le matériel. Les deux stars actuelles sont les suivantes[20] :

  • Arduino, un micro-contrôleur libre.
  • Raspberry Pi, un mini-ordinateur libre fonctionnant sous GNU/Linux.

Le prix bas, l’ouverture et la modularité caractérisent ces deux plate-formes complémentaires. Les applications sont infinies, de la micro-brasserie[21] à la domotique[22] en passant par le monitoring énergétique[23]. Ces deux derniers articles mettent en exergue les possibilités offertes par le libre dans le cadre du GreenIT et notamment dans son périmètre 2.0 (smart building, smart cities).

Conclusion

On constate ainsi que les grands acteurs informatiques actuels ont pris le virage du libre, sans forcément le crier sur tous les toits. Nous ne sommes pas dupes; il ne s’agit pas de philanthropie, mais d’efficacité économique et technologique. Comme le dit IBM, l’open source permet un retour sur investissement plus favorable[24]. Le journal du Net de son côté constate également que le libre représente une magnifique opportunité pour le GreenIT[25].

Si le libre n’est utilisé que pour accroître encore notre consommation de TIC dans un rythme effréné, nous allons dans le mur, c’est clair. Nous devons être très vigilent à ce sujet. En revanche, si le libre permet la mutation du marché vers une économie de fonctionnalité[26], une relocalisation des entreprises de services informatiques et une prise en compte des enjeux environnementaux, là, nous allons dans la bonne direction.

De plus, il ne s’agit pas de montrer du doigt les solutions favorables au GreenIT qui ne seraient pas libres. Toutes les options doivent être envisagées pour limiter les nuisances induites par les TIC. Les solutions libres doivent être en revanche promues, ce qui (et c’est la nature « virale » du libre) permettra une adoption plus rapide et plus homogène des bonnes pratiques et des solutions technologiques dans la société.


Références

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Green_computing
  2. https://logicielsdurables.wordpress.com/le-developpement-durable/
  3. http://www.greenit.fr/article/bonnes-pratiques/tic-durables-definition-5059
  4. http://www.millennium-technology.com/?page_id=44
  5. https://logicielsdurables.wordpress.com/2014/01/19/prolongation-de-la-duree-de-vie-avec-linux/
  6. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bloatware
  7. La communauté reconnaît ses échecs comme ses succès. L’article suivant sur ZDNet le montre: http://www.zdnet.com/article/linux-and-open-source-2014-it-was-the-best-of-years-it-was-the-worst-of-years/
  8. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloud_computing
  9. http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_data
  10. http://www.zdnet.com/article/ces-2015-the-linux-penguin-in-your-tv/#ftag=RSSbaffb68
  11. http://www.greenit.fr/article/logiciels/obsolescence-deprogrammee-l-histoire-de-marc-j-5238
  12. http://opensource.com/education/15/1/ato2014-lightning-talks-charlie-reisinger
  13. http://www.webhostingsearch.com/articles/flat-file-cms.php
  14. http://www.eweek.com/cloud/openstack-cloud-business-tops-600m-in-2013-over-1b-by-2015.html
  15. http://blogs.forrester.com/charlie_dai/14-06-10-docker_will_disrupt_virtualization_and_drive_cloud_adoption_0
  16. http://www.zdnet.com/article/what-is-docker-and-why-is-it-so-darn-popular/
  17. http://www.zdnet.com/article/windows-linux-arm-servers-are-on-their-way-to-the-data-center/
  18. http://www.energystream-solucom.fr/2014/04/green-it-cas-facebook/
  19. http://www.opencompute.org/
  20. http://codeduino.com/tutorials/arduino-vs-raspberry-pi/
  21. http://www.brewpi.com/
  22. http://www.greenbiz.com/blog/2014/03/05/secret-smarter-buildings-open-source
  23. http://openenergymonitor.org/emon/
  24. http://www.greenbiz.com/news/2011/05/12/harnessing-benefits-open-source-sustainability-tools
  25. http://www.journaldunet.com/solutions/dsi/green-it-et-open-source.shtml
  26. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_fonctionnalit%C3%A9

cc-by-sa
Logiciels Durables / Logiciels Libres et Développement Durable

Publicités

2 réflexions sur “Logiciels libres et GreenIT font-ils bon ménage ?

  1. Pingback: L’open source, une solution pour les bâtiments intelligents ? | Logiciels Libres et Développement Durable

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s